Le romantisme n'est pas une histoire d'amour. C'est une révolution — la plus importante que la littérature française ait connue avant le XXe siècle. En une génération, le romantisme a brisé les règles classiques, libéré l'expression individuelle, ouvert la littérature à des sujets et des émotions que trois siècles de classicisme avaient interdits.

Contre quoi se battent les romantiques ?

Pour comprendre le romantisme, il faut comprendre ce qu'il combat. Depuis le XVIIe siècle, la littérature française est régie par des règles. La tragédie doit respecter les trois unités (lieu, temps, action). Le « bon goût » interdit les émotions fortes, le mélange des genres, la représentation de la violence. L'alexandrin doit être régulier, la rime riche, la césure à l'hémistiche. La langue poétique est distincte de la langue ordinaire — noble, épurée, abstraite.

Ce système a produit des chefs-d'œuvre — Racine, Corneille, Molière. Mais en 1820, il est devenu un carcan. L'Académie française veille au respect des règles avec un zèle policier. Les tragédies se ressemblent toutes. La poésie ronronne. Le théâtre est un musée. Les romantiques disent : assez.

Le programme romantique

Leur revendication est double : liberté de la forme et expression du moi.

Liberté de la forme : abolir les trois unités, mélanger le tragique et le comique (le « grotesque et le sublime », dira Hugo), casser l'alexandrin trop régulier, autoriser les enjambements, les rejets, les mots familiers dans la poésie. Le romantisme est une démocratisation de la langue littéraire.

Expression du moi : dire « je ». Montrer les passions — l'amour, la souffrance, la mélancolie, la révolte — sans pudeur ni retenue. Le classicisme prônait la maîtrise de soi, la raison, l'universel. Le romantisme exalte le sentiment individuel, l'expérience personnelle, la subjectivité. Chaque cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Les dates clés

1802 : Chateaubriand publie René et Le Génie du christianisme. René, jeune homme rongé par un « vague des passions » — un ennui existentiel sans objet — est le premier héros romantique français. Le mal du siècle est né.

1820 : Lamartine publie les Méditations poétiques. La poésie française découvre le lyrisme personnel. « Le Lac » — poème sur le temps qui passe et l'amour perdu — est un choc : pour la première fois, un poète français dit « je souffre » sans honte.

1827 : Hugo écrit la préface de Cromwell, manifeste du romantisme au théâtre. Il y revendique le mélange des genres, la liberté absolue de l'art, le droit de représenter le laid comme le beau.

1830 : la bataille d'Hernani — le moment fondateur. Le 25 février, la première de la pièce de Hugo au Théâtre-Français tourne à l'émeute. Les classiques, en habit noir et perruque, sifflent. Les romantiques, menés par Théophile Gautier en gilet rouge flamboyant, applaudissent à tout rompre. Pendant quarante-cinq représentations, le public se bat dans la salle. Hugo gagne. Le romantisme s'impose. La littérature française ne sera plus jamais la même.

1843 : la mort de Léopoldine Hugo et l'échec des Burgraves marquent symboliquement la fin du romantisme triomphant. Le mouvement ne meurt pas — il se transforme.

Les grandes figures

Victor Hugo est le chef de file incontesté — poète, dramaturge, romancier, homme politique. Il domine le mouvement par son énergie, sa prolificité et son génie. De la poésie lyrique (Les Feuilles d'automne) au drame (Hernani, Ruy Blas) au roman (Notre-Dame de Paris, Les Misérables), Hugo touche à tout et excelle en tout. Lire notre biographie.

Alfred de Musset est le poète de la passion amoureuse et du doute. Sa Confession d'un enfant du siècle (1836) est le portrait le plus lucide du mal romantique — ce sentiment d'être « venu trop tard dans un monde trop vieux ». Sa liaison orageuse avec George Sand est l'un des grands drames sentimentaux du siècle.

Alphonse de Lamartine est le plus musical des romantiques. Ses Méditations et ses Harmonies sont d'une fluidité mélodique qui donne le vertige. Il sera aussi homme politique — ministre des Affaires étrangères pendant la Révolution de 1848, il est l'homme qui sauve le drapeau tricolore contre le drapeau rouge.

Gérard de Nerval est le plus mystérieux et le plus moderne. Ses Chimères (douze sonnets d'une obscurité fascinante) et Aurélia (récit d'une descente dans la folie) annoncent le symbolisme et le surréalisme. Il se pend en 1855, rue de la Vieille-Lanterne, à Paris.

Chateaubriand, en amont, est le père spirituel du mouvement. René et les Mémoires d'outre-tombe — son autobiographie monumentale, publiée après sa mort — sont les textes fondateurs de la sensibilité romantique. Sa prose est d'une beauté musicale que Hugo lui-même enviait.

L'héritage

Le romantisme s'essouffle vers 1850, détrôné par le réalisme (Balzac, Flaubert) puis le naturalisme (Zola). Mais son héritage est partout.

La liberté formelle que les romantiques ont conquise n'a jamais été remise en question. Après Hernani, plus personne n'ose imposer les trois unités. Après Hugo, l'alexandrin peut être brisé, disloqué, réinventé. Rimbaud et Baudelaire sont les héritiers directs de cette liberté — même s'ils combattent le romantisme sur d'autres fronts.

Le droit à l'émotion est peut-être l'apport le plus durable. Avant le romantisme, la littérature française était une affaire de raison. Après le romantisme, elle est aussi une affaire de cœur. Cette double exigence — penser et sentir — est le propre de la grande littérature.

Et l'idée que la littérature est l'expression d'une conscience individuelle face au monde — pas un exercice de style, pas un divertissement, pas un sermon — cette idée est née avec le romantisme. Elle n'est jamais morte.